Cyclisme français Cyclisme international

Anthony Roux: “Avec “Mon parcours propre”, l’objectif est de faire du sport dans un environnement propre”

Le Français Anthony Roux (champion de France 2018), 34 ans, s’est lancé dans une nouvelle mission (depuis le moins d’août)  un peu impossible dans ce monde individualiste et de l’apparence. Le champion en a marre de voir autant de déchets au bord de nos routes et c’est avec un sac sur le dos qu’il part  désormais à l’entraînement. Pourquoi? Pour ramasser ces déchets qui pourrissent notre sol, nos routes et l’avenir de nos gosses. 

Certes, seul la mission parait difficile mais il a créé une initiative pour inciter tous les autres coureurs, pros, amateurs ou cyclo du week-end, à l’aider dans cette mission appelée ; “Mon parcours propre

 

https://twitter.com/parcourspropre/status/1443173413573611535

Il a expliqué son objectif sur le site du team Groupama FDJ. 

Pourquoi sensibiliser sur l’état du bord de nos routes?

“Ce n’est jamais super après l’été. Les vacanciers laissent pas mal de déchets en juillet/août. On se rend compte en septembre que pas mal de détritus se sont accumulés. Je me suis mis à faire un peu le ménage sur les routes que j’adore, mais je n’arrive pas à tout ramasser tout seul. J’ai vu des employés du conseil départemental venir nettoyer également. Après l’été, il y a du boulot.”

Pendant longtemps, comme la plupart des gens, je me plaignais mais je n’agissais pas

Qu’est ce que “mon parcours propre “?

“Ça a commencé l’hiver dernier. J’aurais pu m’y mettre plus tôt, mais la vraie démarche, celle de mettre la main à la pâte, est arrivée très tard. J’y pensais depuis un bout de temps. Quand je regardais le bord des routes, ça me dégoûtait de rouler dans ces décors pas agréables à l’œil. Or, rouler c’est mon job, c’est ce que je fais tous les jours. Pendant longtemps, comme la plupart des gens, je me plaignais mais je n’agissais pas. Beaucoup disent que c’est horrible, inadmissible. Je le disais aussi, mais je ne m’arrêtais pour autant ramasser un papier et le mettre à la poubelle.

Le cerveau s’y habitue presque

Pendant un moment, je ne cessais de voir la même bouteille au même endroit. C’était une bouteille de bière, en verre. Je l’ai vue une fois, deux fois, trois fois… Le cerveau s’y habitue presque. Quand je passais devant, je regardais instinctivement si elle y était encore. Et à chaque fois je me disais : « mais elle est encore là ?! » À un moment donné, je me suis dit « au lieu de te faire la réflexion, ramasse-la, et demain elle n’y sera plus ». C’est parti comme ça. Je l’ai mise dans ma poche et j’étais bien content qu’elle n’y soit plus le lendemain. Ensuite, j’ai réfléchi à l’idée de prendre un sac de temps en temps, quand les sorties ne sont pas importantes, et de me lancer le défi de rendre mon parcours le plus propre possible. Mon fils est aussi devenu adepte de cette pratique. Il était tout heureux de ramasser les déchets quand nous faisions une promenade ensemble. Voir un fils fier de son papa m’a encore plus motivé.”

L’objectif du site?

(…)  Le but est très simple. Il s’agit de créer son parcours, à vélo ou à pied, et de le rendre le plus propre possible. Je me dis simplement que si tout le monde avait son parcours propre, tout serait propre. J’ai créé le mien, qui est celui que je fais en sortie de récupération. Ça me dérangeait de le voir sale, et je me suis lancé le défi de le « nettoyer ».

Au final, c’est comme si chacun était responsable de son parcours, du parcours qu’il a dessiné et choisi. Ça peut être une fois par semaine, une fois par mois, tout est bon à prendre. Un joggeur perdra peut-être quinze minutes sur un footing d’une heure, mais son parcours sera propre le lendemain (…)  Ça peut même influencer positivement les enfants. Tu imagines le nombre de chemins et de routes propres si tout le monde sur terre prenait soin de son petit parcours ?

 

 

Ce n’est pas parce que quelqu’un a fait une faute que tu ne peux pas la réparer.

On se dit aussi : « Les gens n’avaient qu’à pas le jeter, ce n’est pas à moi de le ramasser ». Ou bien « quelqu’un d’autre va le faire ». Alors qu’on sait très bien que ça ne sera jamais ramassé, selon où il se trouve. C’est facile de dire : « Le mec est bête de l’avoir jeté ». Oui, mais quelque part, t’es bête aussi de ne pas le ramasser. Ce n’est pas parce que quelqu’un a fait une faute que tu ne peux pas la réparer.

Évidemment, rouler deux heures avec un sac sur le dos, ce n’est pas super agréable. Certains veulent aussi être beaux sur leur vélo, ça va donc les ennuyer. Il faut s’arrêter, déclipser, ramasser, mettre dans le sac. Mais par exemple, c’était tellement sale en septembre que je faisais parfois demi-tour au bout de cinq kilomètres. Je n’ai jamais fini mon tour sans que le sac ne soit plein (…) Mais quand tu le fais et que tu rentres chez toi, tu es content et tu te dis que tu n’as pas perdu ton temps. Moralement, ça fait du bien également.

Les gens t’ont ils imité? 

“Pas autant que j’aurais pu l’imaginer. Je m’aperçois que les gens me soutiennent beaucoup, mais qu’il n’y en a pas tant qui agissent. Or, c’est plutôt ça, le but. Quand j’ai fait le jeu concours pour le maillot sur Twitter, c’est aussi car on arrivait dans une période de l’année où les gens commençaient à me demander s’il me restait des fringues. J’ai préféré le faire gagner. J’ai même ajouté un dossard de la Vuelta. Mais finalement, très peu de gens ont joué le jeu, j’ai à peine eu dix réponses.

Ça m’a un peu attristé de voir qu’il y avait du monde pour demander un maillot, mais pas autant quand il s’agissait de ramasser des papiers et m’envoyer une vidéo pour l’obtenir. Ce qui me motive, en revanche, c’est que beaucoup de jeunes ont répondu à l’appel. Ça m’a fait plaisir. Le point négatif est que l’engouement n’est pas celui que j’imaginais. Le point positif est que la jeune génération est motivée. Je m’étais peut-être enflammé…

Si tu as envie d’être classe en faisant du sport, pourquoi n’aurais tu pas envie de faire du sport dans un environnement classe,

Un message à tous les coureurs

“(…) J’appelle à ce que chacun fasse un petit truc tous les jours. Etant donné que nous sommes dans une société plutôt individualiste, le projet avait du sens selon moi. Car en nettoyant ton parcours, ça rend ton propre parcours visuellement intéressant et agréable. En somme, tu le fais aussi pour toi-même, en dehors de l’écologie. C’est aussi dans ton propre intérêt. On est aussi beaucoup dans l’apparence désormais. De plus en plus de monde roule avec du beau matos, de beaux vêtements… Si tu as envie d’être classe en faisant du sport, pourquoi n’aurais tu pas envie de faire du sport dans un environnement classe, donc propre ? C’est bénéfique pour tout le monde, au final.”