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Joël Pelier: “Paris-Roubaix, c’est l’essence même de notre cyclisme, celui du peuple! “

Je me nomme Joël Pelier. Je suis un “ancien” coureur comme on dit…  Mais je mets les guillemets sur le mot coureur car je le suis toujours au plus profond de mes tripes. J’ai eu l’honneur de gagner sur le Tour de France et sur Paris Nice, entre autre, mais je n’étais pas ce Grand Champion, ni le “Maillot Jaune”.  Simplement,  je respectais cet art.  J’étais (et je le suis toujours) un simple équipier des plus grands, de Bernard Hinault à Sean Kelly, je ne suis qu’un passionné de cet art transmis par mon père spirituel Jean De Gribaldy. 

Désormais je suis apiculteur (le Miel de L’Abeille haut-saônoise situé pas loin de la planche des Belles Filles) . Quand mes abeilles se reposent, alors je prends la plume pour écrire une bafouille pour un site de passionnés (qui ne sont pas journalistes mais issus du milieu) comme Be Celt 

Ce matin, au réveil, j’ai été chercher la voiture d’ASO sous la pluie et le vent. J’ai pensé aux coureurs et coureuses qui vont danser en Enfer ce week-end, sur ces charbons que sont les pavés… Je serai dans la caravane pour ce moment qui sera mythique, ça j’en suis sûr. 

 

Servais Knaven, vainqueur sous la pluie et la boue de l’Enfer du Nord en 2001

 

PARIS-ROUBAIX

“Je suis là, sur ce 118ème Paris Roubaix… 118ème, vous rendez vous compte? Plus d’un siècle d’histoire.   L’Enfer du Nord reste immuable dans le temps… Pourquoi ? Car il est l’essence même de notre cyclisme, de ce pourquoi  le peuple de France aime cet art.. Il sent  les odeurs des frites, du barbec familial,  il sent le peuple..

Paris Roubaix, j’en ai pris pas 4 fois le départ mais je ne l’ai jamais fini (ce n’est pas faute d’avoir essayer pourtant)  Le Diable des Pavés m’a même botté le cul en m’envoyant à l’hôpital par une fois, moi l’arrogant jeune coureur que j’étais alors. Ce jour là , les pavés m’ont renvoyé à celui que j’étais, celui qui ne connaissait pas alors ce que voulait  dire; “L’Enfer du Nord”.

Car Paris Roubaix est aux fans du cyclisme ce que Noël est aux gosses que nous sommes restés . Il est ce que l’on attend chaque année devant le carrefour de l’arbre, comme notre excitation  quand nous étions devant devant un autre arbre que l’on nommait:  Noël!

Paris Roubaix est un monument populaire car il représente les valeurs de notre art, il est issu des mines et des corons, des gueules noires, des Galibots et des Norions,  des champs de betteraves. Il sent la  frite et le barbec et le bistrot de “Chez Maurice” qui était situé pas loin de la mine de Dechy, celui où les amis venaient refaire le monde le dimanche.

Un jour, j’ai lu un article qui racontait que le cyclisme était devenu le “nouveau golf” pour les plus fortunés. J’ai bu un p’tit coup histoire de pas m’étouffer mais je n’étais pas “Chez Maurice” pour en discuter le bout de gras sur cette erreur. Dommage, j’aurais bien aimé!  Ce journaliste qui avait écrit ces conneries avait il vraiment regardé les gens qui bordaient les routes du Paris Roubaix ou de celles du Tour de France?

l’Enfer du Nord ne sera jamais une partie de golf sur un 18 trous (Certains ont tenté d’embourgeoiser notre art)… Non, Roubaix sent le cyclisme, le peuple! Roubaix,  ce sont des vingtaines de secteurs pavés à vous en faire vomir jusqu’à votre bile, à vous casser les dents si vous ne les comprenez pas, à vous déchirer les mollets  si vous ne savez pas danser tel un ange sur les pavés, ces charbons de l’Enfer !

 

 

Roubaix, “c’est le Noooord” comme dirait un certain Michel Galabru, une légende à faire trembler les gars du sud et leurs chemins de terre nommés “Strade Bianche”. Ici, le pavé, lui,  ne pardonne pas! Roubaix n’a pas de montagne ou de cols légendaires, non c’est vrai! Mais il a encore mieux, il a ces terrils érigés par la sueur du peuple du Nord, celui qui sort de la Fosse comme ce milieu d’où est issu notre cyclisme.

Le vélo vient du peuple, celui de 1936 et des congés payés, de ce milieu ouvrier et agricole qui aiment le cyclisme autant que leur terre. Comprenez cette culture et vous comprendrez alors le cyclisme. Oui, le vélo reste et sera à jamais issu du peuple, des corons, des mineurs, des paysans, des ouvriers et il ne sera jamais un sport de “bobos”! Pédaler tout le monde sait le faire mais faire du cyclisme, peu en connaisse l’essence même !

Non le cyclisme ne sera jamais le “nouveau golf” pour les plus fortunés. Certes, le cyclisme coûte un bras pour les familles. Mais celles ci ne viennent pourtant pas du côté des plus huppées, non!  Le cyclisme, ses fils et ses filles,  viennent de ce milieu populaire. Ce cyclisme  est l’essence du peuple de France et pas celui des Start Up ou des boîtes de com…

Le vainqueur de Roubaix ne sera pas l’un des ces bourgeois du cyclisme

Celui  ou celle qui gagnera Paris Roubaix (car les femmes écrivent aussi la légende désormais)  sera aussi issu de ces milieux, ce sera un et une  gosse de la terre !  Le vainqueur ne sera pas l’un de ces “bourgeois” du cyclisme, je cause de celui ou celle qui raconte sa vie dans les médias à défaut de raconter ses victoires. Celui et celle qui gagnera à Roubaix sera l’une de nos légendes à jamais, car  ils auront compris l’héritage laissé par les anciens et non pas à son chèque annuel au lieu de penser à la course de l’année…

Quand tu prends le départ de Roubaix, tu fais dans ton froc comme le faisait ces Gueules Noires quand ils descendaient dans la fosse ! Ceux qui lèveront les bras au vélodrome de Roubaix seront une légende, ils auront la dalle et ces gueules noires, ils sortiront aussi de la fosse comme notre cyclisme si populaire! Ceux qui gagneront Roubaix porteront ce pavé bien haut vers le ciel pour remercier tous ceux qui ont fait l’histoire de notre cyclisme, de ce Paris Roubaix dont il a marqué son nom dans la légende comme sur ces douches en béton dans le vestiaire du vélodrome, de ce temple qui rassemble ses fils et filles de notre peuple le temps d’un dimanche!

JOEL PELIER 

PS: pour comprendre Paris Roubaix, je vous conseille les livres de Pascal Sergent comme “Un siècle de Paris-Roubaix” édité en 1996, ou “Le cyclisme , une histoire populaire” édité en 2014