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Fabio Jakobsen: “Nous sommes des hommes, pas des bêtes. C’est du sport, pas une guerre dans laquelle tout est permis”

Auprès du  journal AD, Fabio Jakobsen (Deceuninck Quick Step) s’est entretenu sur son état physique et mental suite à sa terrible chute le 5 aout dernier. Le Néerlandais s’est réveillé plusieurs jours après sa chute, en soins intensifs.

Fabio Jakobsen à AD:  “Secrètement, j’espère être prêt en mars, mais il est plus réaliste que ce soit en août»

” J’ai perdu deux jours. Ils m’ont opéré pendant durant cinq heures cette première nuit et j’ai été mis sous respirateur. Mais mon premier souvenir après la chute, ce sont ces trois médecins à mon chevet. Tout était alors vague et brumeux. Un jour plus tard, Delore (sa petite amie) et mon père sont venus rendre visite, en tenue de protection et avec un masque buccal à cause du covid. Eux, avec ma mère, ma sœur et le psychologue de Deceuninck-Quick-Step, ont été transportés par l’équipe en Pologne. Le fait qu’ils se soient tenus devant moi dans un tel costume est en fait le premier moment où j’ai pris conscience de la situation

J’ai tapoté mon poignet parce que je voulais savoir quelle heure il était. Ils ont dit qu’il était quatre heures le samedi. Ce n’est qu’alors que j’ai réalisé que c’était trois jours après la chute. Et que j’étais dans l’unité de soins intensifs d’un hôpital polonais. Ils ne vous mettent pas là parce que vous vous êtes cassé le tibia

J’ai une fente labiale là où j’ai tapé le panneau d’affichage et mon nez ressemble à celui du boxeur Mike Tyson. Mais les dégâts sont principalement à l’intérieur. Des morceaux d’os ont disparu, c’est une grosse cicatrice. Il y avait quatre-vingts points de suture rien que dans mon palais seul. Ils ont pris un morceau d’os de mon peigne pelvien et l’ont mis dans ma mâchoire. En février, j’aurai une autre opération, puis ils mettront des implants sur lesquels mes dents seront placées plus tard ”

Son état physique actuel ‘

“J’en suis au point où je peux faire des sorties de deux heures. Calmement et sur un tempo modéré. Il y a quelques semaines, je suis allé rouler avec quelques coéquipiers. On a roulé à 30 km/h, mais j’étais euphorique. Je me sentais comme si je traversais les Champs-Élysées pendant la dernière étape du Tour de France. ”

Son retour?

“Les médecins et mon entraîneur ne veulent pas fixer de date. En ce qui me concerne, j’espère secrètement rouler en mars, mais le mois d’août me semble beaucoup plus réaliste”

Nous sommes des hommes, pas des bêtes. C’est du sport, pas une guerre dans laquelle tout est permis

Dylan Groenewegen  :

” Il (Dylan) m’a envoyé un message il y a peu et j’y ai répondu. Il a aussi souhaité me rencontrer. Mais je ne suis pas encore prêt. Je veux d’abord savoir comment avance mon processus de rééducation. C’est difficile pour moi de comprendre ce qu’il a voulu faire. Ne m’a-t-il pas vu ? A-t-il voulu prendre trop de risques ? Voulait-il gagner coûte que coûte ? Il savait que dans un final aussi rapide, les risques étaient grands. Pour moi, un sprint ce n’est pas seulement pousser le plus fort possible sur les pédales comme un poulet sans tête. Il aurait dû penser aux conséquences. Nous sommes des hommes, pas des bêtes. C’est du sport, pas une guerre dans laquelle tout est permis. ”

Sur les sprints futurs?   : ” Il faut regarder ça de plus près dans le cyclisme. Il faut se débarrasser de cette idée qu’un sprint, c’est le Far West, qu’on peut sprinter sans avoir un regard sur les autres. Il faut que ça crée un précédent, que le prochain qui commet un tel acte soit lui aussi suspendu six mois. Les jurys doivent être beaucoup plus stricts. ”