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Joël Pelier : “Celui qui peut prévoir le vainqueur du tour est plus voyant que Madame Irma”

Le champion Joël Pelier fait parti de notre rédaction Be Celt. Le vainqueur d’étapes sur le Tour de France, Paris Nice ou sur le Tour Midi Pyrénées est habituellement sur la Grande Boucle en tant que pilote voiture pour ASO. Pour des raisons familiales et professionnelles, il n’a pu s’y rendre mais il le suit toujours et depuis toujours. 

L’Apiculteur (il est producteur de miel et possède sa propre marque) et l’artiste sculpteur (au fin fond de sa forêt l’hiver, 2ème grotte après le chêne de l’ours, l’autre…) regarde cette “transhumance” du fond de son laboratoire où il a installé un écran TV, non loin de la photo et du message de son père spirituel Jean De Gribaldy. 

“Voilà, le Tour de France 2020 s’est élancé. On n’y croyait plus, on avait eu si peur que notre cyclisme crève de ce putain de Covid. Alors, oui merci ASO d’avoir tout fait pour que ce tour, même si les essences essentielles ne sont pas les odeurs d’été. le Tour est là et tant pis pour les râleurs. Pour ma part, je n’ai pu me rendre à la messe, je m’occupe de ma famille et de ma production de miel mais le Tour est toujours là, en moi et dans un coin de la lucarne, dans ma caboche.

On retrouve “presque” tout le monde sur le tour de France 2020. Les oriflammes et les podiums sont là, les bus, les staffs et les coureurs, les médias, ce beau chantier,  cette “Transhumance” comme le disait Antoine Blondin.

Mais ce qui nous manque surtout, c’est ce public et  les yeux émerveillés des enfants, ceux des gamins du mois de juillet, durant les vacances. Oui, ce public nous manque, ces gosses que nous redevenons l’espace d’un instant quand toute la France est au repos sur le bord des routes. En septembre, tout le monde est au boulot… Mais c’était le prix à payer pour pouvoir sauver notre art, nos courses. Ce virus nous a mis un genou à terre mais on se relèvera, comme tous les géants. J’en suis sûr, on se retrouvera tous l’année prochaine.

Bon, on aura toujours ces vieux aigris (d’une carrière ratée ou inexistante) qui maudissent les équipes étrangères. Sur les réseaux sociaux, ils n’hésitent pas à les traiter de dopés d’étrangers et cela depuis 1998 (Cette année 2020, c’est au tour des Slovènes, l’année prochaine sera celui d’un autre peuple, d’une autre culture). Pour se faire entendre, ils ont les réseaux sociaux et cherchent le buzz en se souvenant peut être du Grand Michel Audiard qui disait “Les cons, ça osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnait “. Et justement, ces derniers veulent tant se faire connaitre qu’ils veulent être encore plus con que con, quitte à se torcher le cul avec les valeurs du sport et celles de l’homme ! Le Tour est leur plateforme, espérant que quelqu’un les aperçoivent enfin avant que le Géant ne tire la chasse !  Ils font  désormais parti du décors, ils sont les chiens qui aboient quand la caravane passe ! Ils seront toujours là.

Fini les temps des étapes qui rivalisaient avec les épisodes de l’Inspecteur Derrick

Revenons à notre sport, notre art.

Mais que ce tour est difficile! Thierry (Gouvenou) est allé les chercher celles là ! Quelle belle première semaine ! On avait cette habitude, depuis quelques années, à avoir des étapes de plaines si longues et , je l’avoue, légèrement un peu chiantes. Celles du genre à nous faire lutter contre le sommeil durant un épisode de “l’inspecteur Derrick” après le repas du midi…

Nous avons vu un Julian Alaphilippe comme on l’aime en France, généreux dans l’effort, un peu dingue et tellement combatif sur ces premières étapes difficiles. Il nous a mis de la fraîcheur après ces périodes de confinement, comme il l’avait fait l’année dernière…  Et que dire de Wout van Aert qui, un an après sa terrible chute sur ce même tour, nous revient avec cette classe et ce talent! Un champion devenu équipier et qui ne s’économise pas pour son leader Primoz Roglic, claquant au passage 2 étapes ! Humble et talentueux. J’ai un immense respect pour ce champion, pour les valeurs qu’il offre au public.

Ce fox-terrier de Nans Peters

Et ce fox-terrier de Nans Peters ! Il n’a pas le gabarit d’un pur grimpeur mais quand il mord celui là, il ne lâche rien, il donne tout et ne regarde pas en arrière, seul compte l’arrivée. Il nous a refait le coup du Giro en signant cette victoire de sa patte, de son mordant, à la pédale !

Comme ce jeune Suisse de Marc Hirschi. 22 ans et aucun complexe en partant de loin, qu’importe le profil. Qui ne tente rien n’a rien et ce gamin sera récompensé très bientôt, peut être même sur ce tour tant il est généreux.

 

Ce tour nous confirme donc ceux qui seront les patrons du cyclisme dans les années à venir comme le jeune Tadej Pogacar qui nous a démontré sa classe sur les Pyrénées, en récupérant ce temps perdu sur un mauvais placement. Le gamin de 21 ans apprend vite, très vite et bientôt il sera, lui aussi, un maestro !

Je ne serai pas étonné de voir Nairo Quintana porter le maillot jaune

Les maestros !  Tels Nairo Quintana qui se fait discret mais qui est là, tapi dans un coin du général, tel ce vieux renard!  Il est toujours dans le final alors qu’il ne possède pas une équipe comme la Jumbo ou Ineos. Mais contrairement aux années Movistar, il a enfin une équipe qui lui est entièrement vouée. Vous pensez que l’expérimenté Quintana va laisser passer cette occasion? Non, il va tenter un truc, j’en suis sûr, il nous a pas encore livré son récital. Il sait que les prochaines années seront encore plus difficiles et que les occasions seront rares. Je ne serai pas étonné de le voir porter le maillot jaune sur ce tour.

Puis, il y a Mikel Landa. On le croyait perdu pour le général, surtout sans Wout Poel. Il est là et salue au passage ceux qui l’avait déjà mis en bière !

Je ne pense pas que la Jumbo Visma puisse continuer comme ça jusqu’à la fin

Comme on s’y attendait, la Jumbo Visma contrôle de fort belle manière. Mais le Team Ineos (7 tours de France au compteur) est là, pas bien loin. Egan Bernal n’est pas du genre à s’étaler dans la presse. Discret, il sait que son temps viendra. Il n’a jamais aimé les Pyrénées et il lui manquait surtout une carte maîtresse avec Pavel Sivakov, blessé sur la 1ère étape. Mais le jeune Franco Russe sera là en 2ème semaine et Bernal ne sera plus seul dans le final et dans les Alpes dont il apprécie les cols. La patience est une vertu dans la vie mais aussi pour ceux qui veulent fouler les plus hautes marches des classements généraux

La question que tout le monde se pose : Est ce que la Jumbo Visma pourra tenir 3 semaines? Pour ma part je ne le pense pas tant ce tour est dur à chaque instant et si imprévisible. Personne ne peut le contrôler de bout en bout.

Ce jaune qui fait si peur !

Ce jaune qui fait si peur aux leaders, car le tour est difficile cette année. Il faut économiser ses hommes et se la jouer en mode économie, de façon stratégique pour les 2 semaines qui vont venir. Porter le jaune, c’est aussi se dévoiler un peu si loin de l’objectif et tout est affaire de stratégie, de jeu (d’acteur et de sportif).

Arrêtons d’attendre, en nos coureur français, le remplaçant à Bernard Hinault, foutons leurs la paix et laissons les s’exprimer. Arrêtons de les embourgeoiser

Je suis déçu pour Thibaut Pinot car c’est un sacré champion. Il a gagné des Monuments et des podiums sur les Grands Tours. Il est l’un des moteurs, avec Julian Alaphilippe, du cyclisme Français. Mais on l’a toujours mis comme un possible vainqueur Français du Tour mais, malgré les très bons coureurs qui y sont, le team Groupama FDJ n”est pas celui de la Jumbo ou des Grenadiers. En France, on n’accorde pas assez de place au mental du coureur, à sa façon de penser.

Chez nous, on a toujours tendance à chouchouter nos coureurs tricolores quand ils sont bons. Les journaux voient de suite en chacun d’eux le remplaçant de Bernard Hinault et certains n’hésitent pas à les proclamer vainqueur du Tour un an avant l’échéance de leurs premiers tours.

Et si on leurs foutait la paix avec ça? Regardez comment se comportent Guillaume Martin et Romain Bardet. Ils ont annoncé que le général n’était pas un objectif, qu’ils étaient là pour se jauger et donner le meilleur et ils nous donnent vraiment du plaisir !  Alors foutons la paix aux coureurs Français, arrêtons une fois pour toute de les comparer à Hinault et de les embourgeoiser .à travers les médias et les équipes.

Un tour passionnant

Ce tour est passionnant car personne ne peut annoncer un vainqueur à Paris tant les écarts sont infimes et que chaque étape nous livre son lot de surprises comme celle de la bordure provoquée par Peter Sagan et la Bora ! La réponse du vieux guerrier à Sam Bennett a été cinglante mais elle est aussi une leçon pour tous : ne jamais enterrer les anciens  surtout si ils sont blessés !

Donc, oui, ces étapes  sont belles et difficiles, Elles ont donné le résultat escompté au final. Un tour indécis au bout de 9 étapes.;Celui qui peut prévoir le vainqueur du tour est plus voyant que Madame Irma ! Il devrait alors jouer au loto !

Bon, je retourne à mes abeilles, mon miel que je vais vendre demain matin sur les marchés. J’entends ma petite fille qui m’appelle dans le jardin, déjà équipée pour aller rendre visite à ces ruches et leurs reines ! Les Ruches…. C’est un peu comme le tour au final, non?

Demain, dans mon labo d’apiculteur, je regarderai encore ce tour incroyable, assis sur mon tabouret avec mes yeux de gamin, pas trop loin du regard du Vicomte”

Joël Pelier

PS. Je vous laisse ma carte de visite au passage