Cyclisme français

Arnaud Démare : « Je me suis souvenu d’un duel à Paris-Nice et je savais que je reviendrais »

 

Revenu sans s’affoler sur Julien Alaphilippe avec Bryan Coquard, Arnaud Démare a étalé tout sa puissance et sa classe dans le sprint final pour aller chercher son troisième maillot de champion de France. Reconnaissant envers ses coéquipiers de la Groupama-FDJ, il savoure pleinement ce maillot qu’il rêvait de porter à nouveau.

Je me suis méfié de Bryan mais je devais lancer de loin et ça a payé. C’est extraordinaire.

Arnaud, raconte-nous ton titre !

Arnaud Démare : “Quand les échappées sont sorties, le but était déja de revenir avec l’équipe. Quand Florian Sénéchal a fait un gros écrémage, j’entends que ça pète, et je vois qu’on que 5,6. Quand Julian part, Cosnefroy est devant moi et il se rassoit. Je me dis que c’était le moment d’y aller. Sans m’affoler, je savais qu’il n basculera pas très loin de moi et qu’il serait dans le rouge. Je me suis souvenu d’un duel Paris-Nice où j’étais rentré sur Julian pour gagner. C’était un mano à mano. J’ai eu besoin de souffler quand Bryan est revenu. Ça m’a permis de remettre les bouchées doubles. Je reviens à 1,5 bornes de l’arrivée. Julian savait que c’était perdu au sprint alors que moi, je me connais après 230 bornes, je me suis méfié de Bryan mais je devais lancer de loin et ça a payé. C’est extraordinaire.”

Est-ce la même émotion à chaque titre ?

“Celui-là, il est encore plus beau. Je repense à ce que mon épouse m’a dit lorsque je gagne en Wallonie. Avec 30 coureurs, c’est très beau mais à trois coureurs, c’est encore parfait.”

Finalement, ce succès récompense le travail colossal de la formation Groupama-FDJ ?

“C’est clair ! Ce matin au briefing, il y’a avait un nom de cocher, c’était moi et uniquement moi. 15 coureurs qui bossent pour moi, je l’ai déjà connu mais il faut bien l’appréhender. Il faut rester calme sans s’affoler. Je leur faisais confiance. Les jeunes de la Conti ont fait un travail formidable. Chacun a rempli son rôle sans ambiguïté. Dans le finale, Anthony Roux me dit que si Alaphilippe attaque, tu suis. C’était clair dans ma tête, je devais bouger. Le travail paye.”

Les curseurs sont tous au vert

Tu dégages une force exceptionnelle, tu le ressens toi aussi ?

“La victoire amène la force et la confiance. Je ne suis jamais aussi fort qu’avec de la confiance. Mes précédentes victoires m’ont boosté le moral. J’avais des restes du Tour de Wallonie mais je ne suis pas le seul à avoir enchainé. On est tous à bloc dans cette deuxième partie de saison.”

Je retrouve des sensations que j’avais en 2014 et psychologiquement je suis plus fort. J’ai augmenté ma résistance au fil des années et j’ai retrouvé de l’explosivité. Les curseurs sont tous au vert.”

Tu es redevenu un coureur hargneux, qui sait gagner.

“On veut toujours qu’un coureur soit hargneux et bouffe les autres mais je marche à la confiance. Mes victimes amènent du respect. Jacopo me disait, je sens que cette année tu as faim. C’est vrai, que je ne lâche jamais. Je ne supportais pas subir ces dernières années mais tout le monde subit sur le vélo. Le dernier qui lâche, c’est lui qui est devant.”

D’où vient cette excellente forme ?

“Le déclic, c’est une remise en question. En néo-pro, tu ne sais pas pourquoi tu gagnes car tu n’as pas de référence. C’est quand tu marches moins que tu te rends compte que c’était facile avant. Mais ces dernières années, les victoires j’allais les chercher à l’arrache, pas comme ces trois dernières semaines. Mon épouse connait que le travail effectué. Ce sont des remises en question permanentes. Ma maturité m’aide aussi. J’aurai 29 ans mercredi. Je prends conscience de la chance que j’ai.”

Le confinement t’a permis aussi de te régénérer ?

“Il y’a déjà eu une remise en question l’année dernière qui n’a pas été remarqué car on a été confinés au Tour UAE. Derrière les deux mois d’arrête m’ont permis d’être tranquille avec mon épouse. Mon corps s’st régénéré après 9 ans de carrière en étant toujours sur la brèche avec des hivers très courts. Une charge de travail moins importante avec 10-12 heures d’home-trainer par semaine. J’avais besoin d’un gros break où je patiente. Ce que j’ai fait cet hiver, plus l’après-confinement m’a permis d’avoir 6 mois de préparation.”

Le troisième titre est magnifique. Peu de de coureurs ont trois titres nationaux.

Tu étais très ému lors de la marseillaise ?

“Evidemment, c’est exceptionnel, il n’y en a qu’un qui porte le maillot durant un année complète.. Quand tu perds le maillot, tu te rends compte de sa valeur. Quand les championnats de France n’étaient plus à Plumelec, je me renseigné sur le parcours. J’avais ce championnat dans la tête depuis un moment même avant la Wallonie. Quand je suis arrivé là, je savais où j’allais. Le troisième titre est magnifique. Peu de de coureurs ont trois titres nationaux.”

Penses-tu au record qui est de 4 ?

“Non, je joue d’abord la course avant de jouer le record. Comme quand on parle de maillot à points, pour moi, il faut d’abord gagner une étape, c’est dans la logique. Il faut passer par là.”

Tu seras finalement à Plouay. Un maillot de champion d’Europe le jour de ton anniversaire ?

“En tant que remplaçant, j’avais toujours ça en tête. Porter le maillot français avec la forme que j’avais j’y pensait. Thomas (Voeckler) m’a appelé en me disant, Aranud tu dois être à Plouay ! Tu es l’homme fort du moment. J’ai dit, on voit d’abord le championnat de France, mon objectif. Je vais confirmer ça avec Thomas et j’irais déterminer à Plouay mercredi.”

Comment vois-tu ta fin de saison ?

“Après Plouay, je serai au Poitou-Charentes. Je veux gagner toutes les courses qui se présentent à moi. Nous sommes dans un bon état esprit avec mon train, Jacopo, Ramon etc. On a un groupe de 5 coureurs que je retrouve souvent. On fonce et on s’éclate.”

Justement, Arnaud, tu as un train soudé, peux-tu nous parler de cette relation ?

“Ce sont des gars très pros. Quand je gagne à Milan-Turin, j’ai le meilleur train du monde. A table, je leur dit « merci les gars ». Moi je peux me remettre en question. Je peux me dire, aller je fais une heure de plus à l’entrainement. Mais pas avec eux, je ne gère pas leur envie. Je ne peux pas dire au téléphone, Ramon tu refais une heure de plus. C’est leur engagement ? Je les remercie pour ça à chaque fois. Ils se font plaisirs à chaque fois même dans les moments difficiles. J’ai en tête le maillot cyclamen sur le Giro. C’était un moment très dur pour nous mais on est toujours soudés. Ma forme les pousse vers le haut.”

Propos recueillis (et photos) par Arthur Frand