Cyclisme français

Audrey Cordon-Ragot : « Je me suis crue au Stade Rennais avec les fumigènes, c’est magique »

Déçue hier par sa seconde place sur la contre-la-montre derrière Juliette Labous, Audrey Cordon-Ragot s’est relevée cet après-midi et de quelle manière. Elle décroche son premier titre sur Route Elites devant un public acquis à sa cause. Le plus beau jour de sa vie.

Nous vous avions quitté frustrée hier, quel est votre sentiment après ce titre ?

Audrey Cordon-Ragot: “C’est incroyable. Je n’en reviens pas. Sur le podium, j’ai vu tout le monde pleure, les journalistes, le public, mes proches. Je n’ai pas de mots.”

Explique-nous ta course ?

“Je savais que la poids de la course était sur les épaules des trois grosses équipes fortement représentées. Elles devaient commencer la bagarre. Je ne voulais faire les efforts trop tôt, je me suis testée à mi-course et j’ai vu que ça suivait. Il fallait courir juste et partir au bin moment. Je ne suis jamais énervée. Même si j’avais des filles de FDJ dans ma roue, je n’avais pas le choix. Quand je suis rentrée devant, je me suis aperçue que Clara Copponi et Typhaine Laurance étaient là ce que j’ignorais. Ensuite, ce fut une partie tactique et il fallait garder la tête froide et jouer avec les sentiments des autres. Avec Manon Souyris, on a attaqué tour à tour.”

Ton attaque finale fut décisive. Tu as su que tu avais course gagnée ?

“C’était ma dernière chance d’attaquer dans la bosse. Quand je place l’attaque, je vois Clara pas loin, j’insiste et ensuite je ne la voyais plus. Là j’ai compris que j’allais gagner.”

Je repense à tous les sacrifices réalisés car je fais du vélo depuis 2000

A quoi penses-tu quand tu descends du vélo ?

“J’ai des frissons partout. Je repense à tous les sacrifices réalisés car je fais du vélo depuis 2000. Je vous laisse compter. On pense, on dort vélo. On n’est pas toujours récompensée. Les seules récompenses, ce sont des jours comme aujourd’hui où le public est acquis à votre cause.”

C’est le plus beau jour de ta carrière ?

“Oui définitivement. Parce qu’il y’a toute ma famille, mes amis. Il va me falloir quelques jours. Je réaliserai quand j’aurai la tunique en course.”

Il fallait donc attendre pour connaitre une telle joie ?

“Peut-être mais quand je suis rentrée à l’hôtel hier, j’ai dit demain je vais le faire malgré la déception. J’ai peut-être des talents de voyante.”

N’était-il pas pesant de ne pas encore avoir ce maillot ?

“Oui il y’a des jours où je me disais que je ne l’aurai jamais, d’autres où je me disais qu’il fallait signer dans une équipe française pour gagner. A Grand-Champ, je me suis dit, avec les petites routes, c’est usant alors ça peut me convenir. Je ne voulais pax refaire les erreurs passées.”

La suite sera différente ?

“Je pense même si avec un maillot de championne de France on est plus jugée et remarquée. Je vais le porter aussi fièrement que je peux sans complexe.”

On a passé des années difficiles avec la génération Longo où des filles ont stoppé par dépi

Tu es fière la carrière que tu réalises et de ce que tu apportes au vélo ?

“Oui je suis fière de moi, sportivement mais aussi parce que j’essaye d’aider les jeunes en leur inculquant les valeurs d’un cyclisme propre. Car on a passé des années difficiles avec la génération Longo où des filles ont stoppé par dépit. Quand je vois Gladys ou Clara, elles sont toutes jeunes, c’est positif. Moi, ça va se terminer bientôt. Je serai heureuse de les aider plus tard.”

Peut-on dire que c’est le plus beau jour de vie carrément ?

“Juste ici, le plus beau jour de ma vie est le mariage avec mon époux mais jusqu’ici on peut le dire oui car je n’ai pas encore d’enfants. On verra lorsque j’en aurai.”

T’es-tu fixé une échéance pour la fin de ta carrière ?

“Je ne serai pas précise mais ça ne va pas durer dix ans encore. J’ai à cœur de transmettre les valeurs du cyclisme féminin. Je suis déjà engagée auprès d’une association française. Je ne veux pas être une athlète égoïse qui ramasse le pognon sans rien dire. J’ai envie de partager et je rêve de voir briller toutes les françaises.”

Encadrer les jeunes et monter ton équipe, c’est ton projet d’avenir ?

“Oui, je souhaite faire monter mes filles au plus niveau mondial pour qu’il y’ait des françaises championnes du monde”

Pourquoi es-tu autant attachée à tes valeurs bretonnes ?

“Je pense que l’on est d’abord breton avant d’être français. C’est véridique, quand je vois le nombre de drapeaux bretons, c’est le seul endroit où ça se passe ainsi. Je n’ai jamais-vu ça sur un autre championnat. C’est incroyable de voir autant de personnes.”

Propos recueillis  par Arthur Frand/Be Celt