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Steve Cummings: “Certains managers ne reconnaissent par la vraie valeur et les qualités d’un équipier”

A 38 ans, le Britannique Steve Cummings n’a pas eu le bonheur de voir son contrat renouveler auprès de l’équipe Data Dimension. Après un recul de quelques semaines pour encaisser la nouvelle, il a fait le point sur sa carrière et a décider de prendre sa retraite. il remercie ceux qui lui ont permis d’avoir vécu son rêve.

Il a accordé une longue interview à cyclingnews pour parler de son bilan, des ses quinze années comme coureur pro.

Cyclingnews; Surpris par cette non reconduction de contrat?

Steve Cummings; “Oui, j’ai été vraiment surpris. C’est très humiliant et accablant, pour être honnête. J’ai eu tellement de messages sympathiques. J’allais m’en aller tranquillement en évitant les projecteurs, mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas le faire, alors ça a été très émouvant.

Quand vous êtes un coureur professionnel, vous êtes tellement absorbé par ce que vous faites que vous n’avez pas le temps de vous arrêter et de regarder dehors. Vous oubliez qui vous êtes et ce que tout cela signifie. C’est ce que je fais maintenant. Ma chute et ma blessure au dos m’ont empêché de faire ce que j’aimerais faire.

Ma carrière m’a appris à faire face à l’adversité, et je sais donc que je dois être patient et rester positif pendant que je traverse une phase de transition. J’ai eu de bons messages de la part de beaucoup de gens, et même de plusieurs coureurs qui ont vécu le même processus, des gens que j’admire, comme Manuel Quinziato et Igor Antón. Leurs messages m’ont vraiment aidé à ne pas me sentir seul parce que je sais qu’ils ont pris leur retraite et qu’ils sont vraiment bien passés à la vie ordinaire.

Vous étiez le Franc-tireur, vous aimiez les longs barouds

“Je suppose qu’il y a des éléments d’un franc-tireur en moi. Parfois, j’ai essayé d’être un coéquipier parfait, et j’ai essayé de m’intégrer. Par exemple, j’ai fait un grand changement lorsque Cav (Mark Cavendish) a remporté le titre mondial sur route en 2011. J’ai fait des choses semblables au fil des ans et aussi cette saison, mais souvent ce travail n’est pas apprécié ou  simplement vu. Regarde-moi…Regarde-moi : Je n’ai pas de contrat pour 2020 ! Un équipier peut faire un travail parfait et faire une énorme différence, mais malheureusement, certains managers ne reconnaissent pas les qualités et la vraie valeur d’un équipier.

Le cyclisme est étrange en ce sens qu’il s’agit d’un sport d’équipe construit pour aider un individu à gagner. Les contrats sont courts et les gens changent fréquemment d’équipe. Construire une culture d’équipe, une mentalité gagnante et établir un leadership dans le cyclisme est donc un véritable défi.

Je me suis senti responsabilisé et j’ai tiré le meilleur de moi-même lorsque j’ai essayé de gagner des courses de vélo. Je pense que j’étais meilleur en tant que franc-tireur et j’essayais de gagner les jours qui ne convenaient pas aux sprinters ou à la lutte pour le général. C’était mes jours. Mais ça a demandé beaucoup de travail et mes chances étaient rares. J’ai essayé de trouver un créneau et de me concentrer là-dessus.

J’ai réalisé mon rêve d’enfant

“Mon rêve d’enfant était toujours de gagner une étape du Tour de France, et j’ai donc travaillé pour et comprendre comment je pouvais le faire. C’est ce qui m’a sorti du lit tous les matins et m’a poussé à tirer le meilleur de moi-même. Sans ce but, ce rêve, de gagner des courses, je n’aurais pas été le même athlète. J’aurais dérivé. J’ai dérivé pendant certaines parties de ma carrière, mais au bout du compte, j’étais toujours à la recherche d’une chance de gagner. Je pense que j’ai fait ça dans un sport très difficile.

De nos jours, il est de plus en plus difficile de gagner après une échappée, mais peut-être parce que ce n’est pas normal et que cela va à contre-courant car je pense que les gens adorent voir cela. Quand j’étais enfant et que je regardais le Tour de France, j’adorais quand l’échappée se produisait et j’observais attentivement comment elle se déroulait. J’avais l’habitude de choisir un coureur et de voir comment il faisait. J’ai appris qui avait l’air le plus fort ; j’ai étudié qui était le plus rapide et comment ils ont gagné.

Battre Romain Bardet et Thibaut Pinot lors du Mandela Day était un grand jour pour moi

” Oui, c’était un grand jour pour moi et pour l’équipe. C’était un moment déterminant pour ma carrière, et je me suis rendu compte que cela avait changé la façon dont les gens me voyaient en tant que coureur. Cela m’a donné la confiance nécessaire pour faire plus, et faire mieux. J’avais quoi, 35 ans quand j’ai gagné au Tour ? C’est un peu tard, à un moment où tu penses que ta chance est partie, et puis c’est arrivé.

Désormais ma priorité est que ma famille et moi soyons en bonne santé et heureux.

“Après décembre, je n’aurai plus de salaire. Heureusement, je ne suis pas un gars flash, et donc si je veux ou si j’ai besoin de quelque chose, je peux l’acheter sans trop d’inquiétude. Je pense que ma femme et moi avons bien réussi en gardant les pieds sur terre. Mais tu dois quand même travailler parce qu’il y a encore beaucoup de temps à vivre devant nous.

Je ne sais pas exactement ce que je veux faire. C’est pourquoi j’explore autant d’options et de voies que possible. Je m’adresse à des gens que je respecte et qui ont fait des choses semblables …Je m’intéresse à la gestion du sport et à la culture sportive et, bien sûr, j’aime aussi le cyclisme. Je pense que mes points forts sont la compréhension de ce qui se passe en course et la meilleure façon de maximiser vos performances et celles de votre équipe. Je pense que c’est une qualité utile, et j’ai analysé …

J’étudie également le commerce et la gestion sportive, et je suis fasciné par l’art oratoire en public et en entreprise. J’aurai besoin de nouveaux défis, et je suis ouvert à les explorer jusqu’à ce que je trouve ce qui m’excite et me rende heureux, tout comme l’a fait la cyclisme en compétition.”