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Le champion du monde juniors Titouan Renvoisé arrête la piste ; “Faut être réaliste!”

    A 18 ans, le Brestois Titouan Renvoisé (Ty Raleigh) a déjà un beau palmarès sur piste: champion du monde juniors de poursuite par équipes, vice champion d’Europe du kilomètre et vice champion d’Europe de poursuite par équipes, cela laissait espérer à un bel avenir tout de même…

Il avait, pourtant, ce rêve qui se nommait: Jeux Olympiques 2024 à Paris. Il avait rejoint le Pôle France pour se parfaire, s’entraîner dur, s’investir au maximum…. Oui il avait un rêve depuis tout gamin, il avait cet horizon.

Mais le Breton a décidé de claquer la porte du Pôle France, de faire une croix sur ce rêve de gosse. Oh non pas sur un coup de tête mais après avoir pris une décision mûrement réfléchie quant à son avenir professionnel et privé. D’une maturité certaine pour un jeune de 18 ans, Titouan Renvoisé ne croit plus aux promesses d’avenir que certains lui ont faite, il ne veut pas rester aveuglé par cette “poudre aux yeux”…

Derrière lui, il laisses ses potes qu’ils regrettent déjà et ses rêves de médailles d’or, mais sa décision a été mûrement réfléchie.

Titouan Renvoisé (à gauche) avec Valentin Madouas et Maina Galand

Titouan Renvoisé, tu as pris le choix d’arrêter le team France et le Pôle France alors que ton rêve était de lever les bras aux JO de Paris. Pourquoi cette décision?

Titouan Renvoisé: “Pff….  C’était un dilemme que je me posais depuis longtemps. C’est compliqué à expliquer mais je vais tenter de le faire. Oui, c’est vrai, j’étais vraiment motivé, j’en voulais vraiment après le titre mondial et mes podiums sur le championnat d’Europe. J’étais vraiment heureux de rejoindre le Pôle France. C’est vrai qu’au début, il y a plus de “pour” que de “contre” quand tu décides de te lancer dans l’aventure. Mais tu réalises plus tard que le poids du “contre” est beaucoup plus important.

Tu réalises plus tard que le poids du “contre” est beaucoup plus important.

Le prix à payer est trop risqué pour ma vie professionnelle et pour ma sérénité. J’étais d’accord de faire énormément de sacrifices mais j’ai vite réalisé que l’on était pas vraiment soutenu quand à une éventuelle carrière dans le métier. Je n’en veux à personne mais c’est juste qu’après tant d’apports de notre part, sur notre vie familiale, sur nos finances personnelles (des milliers d’euros par an), sur nos études et sur nos questions d’avenir, personne ne nous apportait de réponses.

Je lâche une bande potes quand même, ils vont me manquer vraiment. C’est sûr qu’il y a du pour sur l’instant présent mais derrière tout ça, quand on songe à notre avenir, il n’y a rien de sûr concernant notre avenir en cas de pépin au final”

C’est à dire?

Quand tu intègres le Pôle France, tu dois payer toi même tes voyages en train pour rejoindre Paris, ta chambre aussi. Tu investis beaucoup d’argent et vu mon âge, c’est ma famille qui me soutenait financièrement. En fin de compte, quand tu intègres le Pôle France, tu disposes d’entraîneurs mais tout ce qui est à côté, c’est de ta poche et de celle de ta famille. Ce n’est pas serein comme environnement sur ce point.

Ensuite, tu donnes énormément de sacrifices pour performer encore plus sur la piste. Cela au détriment de tes études souvent. C’est vrai que l’on étudie avec l’aide de l’enseignement à distance (CNED) mais c’est nul au final. Tu es seul et tu étudies selon le temps qu’il te reste, c’est à dire très peu.  Tu ne peux pas progresser dans tes études, c’est impossible.

Enfin, si jamais tu as un accident sur la piste? Que se passe t-il après? Quels sont les soutiens pour nous aider à revenir dans le vie normale quand la piste s’arrête?  J’ai réalisé qu’il n’avait rien. Quand j’ai vu l’accident de Kristina Vogel, j’ai réalisé que tout pouvait s’arrêter net comme ça et que tout les sacrifices étaient inutiles au final car personne ne t’aidera si jamais tu n’es plus sur ce vélodrome. Si les gens n’avaient pas créé un cagnotte pour Vogel, je n’imagine même pas tout ce qu’elle aurait du faire pour tenter de revenir au simple fait d’aimer la vie, elle est une grande championne!

Nous sommes encore des gamins à 18 ans et partir comme ça loin de chez soi, sans perspective d’avenir réel, ça laisse des parents très inquiets. Je ne dis pas que personne n’a d’avenir sur la piste Française, certains y arriveront mais le risque est trop élevé à mon sens”

Donc, à toutes ces questions, tu as trouvé ta réponse

Oui, c’est ça. Je ne suis en colère contre personne, c’est mon choix personnel, ma décision. J’ai vécu des très bons moment, magiques, intenses mais j’ai besoin d’avoir des perspectives d’avenir comme tout les jeunes de mon âge.  Quand j’ai intégré le Pôle, j’ai réalisé que c’était de la poudre aux yeux quand à notre avenir.  Le cyclisme français manque de peps et qu’il est à l’image du sport Français qui se casse la gueule.

Il faut remettre l’église au centre de village et arrêtons de nous voiler la face.

Plusieurs athlètes ne se posent pas la question d’avenir, tous pensent à la victoire et que la victoire. Ils sont passionnés tout comme moi mais se mettent des oeillères. Quand il faudra se tourner vers autre chose que la piste, que leur restera t-il après autant de sacrifices personnels et financiers? Je n’ai pas envie de finir comme un con après la piste.

Il faut remettre l’église au centre de village et arrêtons de nous voiler la face. Ce n’est pas tout beau tout rose comme on peut le voir derrière les écrans TV

Tu n’arrêtes pas le cyclisme

Non, je continue. J’aime ce sport, je suis un passionné mais je pense à mon avenir. Rouler, continuer à rouler mais ailleurs. Je veux faire des vraies études, me préparer à un avenir. Au Pôle France, on ne peut pas conjuguer avenir et entraînements mais ce n’est que mon avis. Je serais toujours sur mon vélo, sur la route et sur la piste, mais je choisirais moi même comment gérer ma vie, mon avenir.”