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Gustave Rideau : “Le cyclisme possède des valeurs que je défends”

Véranda Rideau, une belle histoire partie d’une simple idée, de celle d’un homme face à une page blanche en 1975. En 2018, Gustave Rideau a réussi son incroyable défi, Véranda Rideau emploie désormais 900 personnes et avoisine les 150 millions d’euros de chiffre d’affaire annuel. 40 ans après cette esquisse sur ce bout de papier, l’entreprise est devenue le numéro 1 de la Véranda, du mobile-home et de l’hôtellerie de plein air.

Pas vraiment une surprise quand on connaît la pugnacité de Gustave Rideau. Il est ce genre de bonhomme passionné par la vie, par les gens. Il est ce travailleur acharné et amoureux du travail bien fait. Le chef d’entreprise possède aussi une autre passion: le cyclisme, cette école de la vie.

A tel point qu’il s’était même lancé,durant  une saison, dans l’aventure professionnelle en 2012 avec Véranda Rideau Super U. En 2018, Gustave Rideau revient, mais dans le monde amateur cette fois ci, au sein de l’équipe Côtes d’Armor Marie Morin Véranda Rideau. 

Be Celt a voulu connaître les raisons de son retour et surtout si il pense toujours que le cyclisme est une belle plate-forme visuelle pour une grande entreprise.

Gustave Rideau, 6 ans après l’aventure professionnelle, on retrouve votre entreprise sur le jersey de Côtes d’Armor. Pourquoi ce retour?

“Pour différentes raisons mais la principale reste surtout pour soutenir Mickaël Leveau car c’est un vrai passionné et c’est ce que j’aime dans l’homme, cette lueur dans les yeux justement. En fin de compte, ce n’est pas vraiment pour un coup de pub.  De nos jours, le cyclisme amateur n’est plus autant suivi par les médias (presse écrite et télévision) que durant les années 80-90 et je le déplore. Sincèrement, ce n’est pas vraiment un support publicitaire idéal à ce niveau là. Pour mettre de l’argent dans le cyclisme, il faut être passionné par cet art de vivre surtout. Le cyclisme possède des valeurs que je défends et il forge les caractères. C’est un sport exigeant, souvent ingrat, mais qui vous apporte les bases du travail bien fait et une auto discipline. Pour être bon, il ne faut rien laisser au hasard comme dans une entreprise justement.

” j’ai découvert vraiment le cyclisme qu’à 36 ans”

On vous sent vraiment passionné…

“Oui, je le suis. Vous savez, j’ai découvert vraiment le cyclisme qu’à 36 ans. Avant ça, je fumais 2 paquets de cigarettes par jour et j’aimais la bonne table. Avec la gestion d’une entreprise comme Véranda Rideau, je savais que j’allais devoir payer la facture très vite si je continuais ce rythme de vie. Alors je me suis mis au vélo et j’ai de suite accroché. J’ai couru ma première épreuve la saison suivante et je continue toujours à m’aligner sur les courses en 2018, j’ai 69 ans. Ce qui me fait peur, c’est la réduction considérable de ces rendez-vous, que ce soit en FFC, FSGT ou UFOLEP. Elles disparaissent au fur et à mesure, inexorablement.”

Fabien Schmidt, fer de lance du team costarmoricain. (Photo Ludivinel)

Pessimiste sur l’avenir du cyclisme amateur

“Oui. Il ne faut pas se cacher la face, il meurt à petit feu. Nous sommes rentrés dans la mondialisation à tous les niveaux, et donc le cyclisme aussi. Maintenant, les journaux ne parlent que des courses internationales qui sont de plus en plus nombreuses et n’ont plus de place sur leurs pages pour les courses amateur. Le résultat est sans appel, les sponsors sont moins nombreux. Et on observe le même phénomène pour les courses certaines courses pro. En France, on a le Tour de France et il vampirise tout. C’est la plus belle course du monde et la plus diffusée à travers le globe mais elle fait de l’ombre à d’autres car les partenaires financiers ne voient plus que le Tour.

Moins de courses et moins de clubs donnent aussi une raison à la montée de nouveaux sports comme le triathlon. Les jeunes se dirigent vers ces nouveaux chemins du coup. Je vais d’ailleurs participer à mon premier triathlon bientôt (rires). Je viens de le découvrir et ça me plaît beaucoup.”

Le jeune Alexis Renard

Je ne l’aurai pas fait si Mickael Leveau n’était pas dans cette équipe

Donc, les Côtes d’Armor, un coup de cœur plus qu’un retour? 

“On peut dire ça. Je ne l’aurai pas fait si Mickael Leveau n’était pas dans cette équipe comme je vous l’ai dit. C’est un passionné et j’aime ce genre de gars là. Il se donne à fond pour cette équipe et apprend aux jeunes à gagner, à se faire mal pour obtenir le meilleur d’eux mêmes. Regardez ce qu’il fait avec Alexis Renard par exemple. Ce jeune ira loin et je suis content qu’il ait choisi Mickaël pour lui permettre cet apprentissage de la vie. Il y a Fabien Schmidt aussi qui est un superbe coureur, un vrai champion. Et les Côtes d’Armor font des émules, ils viennent même d’Angleterre pour se former auprès d’eux. C’est cette passion qui me plaît et la transmission de ce savoir faire, de l’amour du travail bien fait.

Dans mon entreprise, c’est pareil. Ce n’est pas un hasard si tu retrouves des anciens coureurs comme employés. Je respecte énormément ces gars. Ils sont de cette trempe qui a le souci du travail bien fait, le sens du détail. Ils ne sont pas le genre de gars à se dérober devant la tâche. Je fais plus confiance à un coureur pour le travail qu’à un gars qui a “bac+10”.

Les Britanniques Owen James et Stuart Balfour (photo NOUVEL) qui font aussi connaître leur sponsor dans leurs pays

“Non, je ne reviendrais pas… non… Quoique !”

Donc revoir “Véranda Rideau” dans le cyclisme pro un jour, impossible

“Non, je ne reviendrais pas… non… Quoique ! Je n’en sais rien au final. Je n’ai pas envie de donner de l’argent à un manager qui ne me donnera des nouvelles que lorsqu’il lui faudra encore une rallonge. Non, un sponsor fait partie intégrante de l’équipe et il doit s’y sentir en tant que tel. Malheureusement, c’est rarement comme ça.

En tout cas, si un jour je dois revenir, ce ne sera pas tout seul et pas en continental. De plus, ce sera au côté de Mickaël Leveau automatiquement. Il a ce talent pour diriger une équipe, c’est un meneur d’homme et un véritable coach, il mérite d’être dans une équipe pro qui fait le Tour de France. Pour l’instant, ça ne m’intéresse pas de revenir en pro. Pour revenir, il faut être en conti-pro ou World Tour et participer à la plus belle course du monde. C’est comme au football en fin de compte, la continentale c’est l’équivalent du National 1 et qui le regarde vraiment ? Peu de monde au final. En continental, c’est extrêmement rare voir impossible de faire les course de classe mondiale. Mais il faut être plusieurs investisseurs pour une équipe avec des grandes ambitions comme le Tour de France et je ne veux et ne peux pas être le seul. Je ne ferme pas la porte à cette idée, il faut juste du temps pour laisser mûrir un tel projet mais j’y pense parfois…”