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Maxime Daniel: « Prier en enfer en espérant le sprint des morts »

A 26 ans, Maxime Daniel (Fortunéo Samsic) va disputer son 4ème Paris Roubaix. Dimanche, pour le Breton comme pour tant d’autres coureurs, son coeur va battre la chamade au départ de l’enfer du nord, mélange d’adrénaline et d’impatience avant d’affronter la « bête ». Il y a déjà pourtant dansé fort bien en 2016. Il était dans la bonne échappée, celle partie dès les premiers kilomètres avec Johan Le Bon, Sylvain Chavanel et Matthew Hayman, le futur vainqueur. La traversée de la trouée d’Arenberg en tête, il s’en souviendra toujours. 

Dimanche, lui et ses coéquipiers seront sûrement combatifs dès les premiers kilomètres et auront à coeur de montrer les couleurs du team de Manu Hubert sous la houlette de Sébastien Hinault (14 participations à Paris Roubaix).

Photo Equipe Fortunéo Samsic/T.M

 

Maxime Daniel, comment te sens tu avant le départ de ton 4ème Paris-Roubaix? 

Bien, les jambes sont bonnes, la confiance et le moral sont au top. J’ai hâte d’y être sur cette journée en Enfer. L’année dernière, j’avais pris le départ malade avec 40 degrés de fièvre. Je pensais qu’elle allait descendre durant la journée mais non… Je me suis échappé tout de même. Même si je n’ai pas été bien loin, je me devais de tenter un truc, une façon pour moi d’honorer cette classique qui ne ressemble à aucune autre.

Il y a 2 courses dans Paris-Roubaix en fin de compte

Justement, on se souvient de ce long raid en 2016 avec le vainqueur Matthew Hayman. 

Oui, çe jour là je ne vais jamais l’oublier. Il y a 2 courses dans Paris-Roubaix en fin de compte: la nôtre et celle des favoris. Nous ne sommes pas des champions de classiques comme  Terpstra ou Gilbert, mais on se bat aussi. On sait serrer les dents avec le couteau entre les dents. On avait cette idée qui était assez simple au final. Celle de partir dès les premières kilomètres pour creuser un écart important pour nous permettre ensuite de temporiser en attendant le TGV des cadors. Une fois, qu’ils nous avaient rejoints, on pouvait jouer un peu à armes égales. Ils étaient émoussés après avoir fait péter le peloton derrière et nous, on pouvait essayer d’accrocher leurs roues en priant le bon dieu de tenir en espérant le « sprint des morts », celui dont on ne sent plus les jambes tant nous sommes rincés, vidés. Celui que l’on dispute avec ce qui nous reste, la rage et les tripes sur ce vélodrome mythique (rires) !

Maxime Daniel en 2016

Et au final? 

Hayman qui était avec nous dès le début a gagné. Personne ne l’attendait celui là mais il a était vraiment intelligent sur ce coup. Il a serré les dents, a tenu face à des machines comme Vanmarcke, Stannard ou Boonen. Quand à moi,  j’étais équipier et on m’a demandé de décrocher pour aller aider mon leader à revenir sur le groupe Sagan. C’est ce que j’ai fait sans hésiter. J’ai levé le pied ce jour là et j’ai aidé mon leader à revenir sur le groupe peu avant Mons-en Pévèle. J’y ai laissé des plumes et je me suis retrouvé dans le groupe Cancellara. Là, ça roulait dur aussi, on était que deux à ses côtés et il envoyait du gros. Ensuite, j’ai serré les dents, j’ai souffert terriblement mais j’ai terminé Paris Roubaix en étant satisfait de ma journée.

Dimanche? 

On verra mais oui, on va y aller à la baïonnette, nous sommes motivés au sein du team. Nous ne sommes peut être par « The WolfPack » mais nous les Bretons, on sait se défendre aussi!

Comment s’est passé la reco? 

Pluvieuse et glissantes (rires)!  Dimanche, on nous annonce peut être un temps clément, on verra. De toute façon, il faut dompter ces pavés. L’idéal, c’est de les prendre par le haut sinon, si tu les prends sur les côtés, ils t’envoient à gauche ou à droite tel un ballon de rugby. Pour ça, il te faut éviter d’être coincé dans le milieu du peloton mais se mettre devant afin de les voir venir de loin, ça t’évites aussi pas mal de mauvaises surprises.

Sous le pont « Gibus » dedié à Gilbert Duclos-Lasalle (Photo Fortunéo Samsic/T.M)

Paris-Roubaix, tu l’aimes vraiment

C’est clair. C’est un jour unique dans ta saison. Ton monde se met en suspend ce jour là. Tu ne penses qu’à ça. Quand tu es dans la course, le temps s’arrête. Rien ne t’atteint sinon cette foule incroyable qui te pousse. Tu luttes contre toi même. Quand j’étais en tête il y a 2 ans, je pensais à Fred Guesdon. Lui aussi n’étais pas attendu mais il a frappé fort à la porte de l’Enfer ce jour là. Je pense à tout ces gars qui ont fait la légende de Paris-Roubaix et aux miens derrière l’écran de la télévision. Tu es dans cette bulle et tu te réveilles alors le lundi matin. Les courbatures et la douleur te font rappeler que tu as vécu une journée magnifique en enfer!

 

Line up Fortunéo Samsic-Paris Roubaix

Michael Carbel (DAN), Maxime Daniel (FRA), Brice Feillu (FRA), Benoit Jarrier (FRA), Sindre Lunke (NOR), Pierre-Luc Perichon (FRA), Bram Welten (HOL)