Cyclisme international Interviews

Behind The Lens : Chris Auld

Greg Van Avermaet : Paris-Roubaix 2017

[dropcap]E[/dropcap]n feuilletant le dernier numéro de Vélo Magazine (mois de septembre), on s’attarde sur ce billet concernant Laurent Brochard, sur l’histoire de Pierre Moncorgé et son expédition en région scandinave ,sur le portrait de Nicolas Baldo, ingénieur et coureur pro. Puis on tombe sur un papier de Jean-François Quénet : “Sagan l’intrépide fait jurisprudence”. Plus que les talents de devin de l’auteur, qui voyait déjà le Slovaque lever les bras à Bergen, c’est cette photo du triple champion du monde, songeur et absorbé dans une profonde réflexion, qui suscite l’attention. L’instant a été capturé le 13 août dernier à Essen en Belgique, lors de la 7ème et dernière étape de la BinckBank Tour. La photo est signée Chris Auld.

Chris Auld a un parcours atypique. Du haut de ses 42 ans, ce photographe indépendant qui a grandi à Newcastle Upon Tyne en Angleterre, avait une ambition : devenir pompier. Mais les tentatives de dissuasion de ses parents ont eu raison de son avenir en tant que soldat du feu. Quelques années plus tard, Chris intégrera une école d’art et talonnera la voie de la photographie. 1995 marquera ses premiers pas en tant que photographe. Des shootings commerciaux et publicitaires, le Britannique sera pris d’une passion maladive pour la petite reine. Des modestes courses locales du Nord-Est de son Angleterre natale aux bénédictions du World Tour, Chris fait ses gammes dans un milieu qu’il connaissait vaguement il y a quelques années. Ce qui fait son atypisme, c’est sa manière de travailler, la sincérité de ses clichés et sa faculté à se positionner “in the right place, in the right time”.

Être photographe indépendant est un métier difficile. Comment réussir à se faire connaître ?
C’est un job très difficile, gagner sa vie est un challenge constant. On doit avoir une large clientèle à qui vendre ses clichés, croire en ses capacités et ne pas avoir peur de tenter sa chance et voyager dans le monde entier sans forcément avoir la garantie de revenir sur ses pattes, financièrement parlant.

Les réseaux sociaux jouent un rôle important…
Les photographes d’aujourd’hui vivent et meurent selon les lois d’Instagram. Pour ma part, c’est ma principale source d’affichage de mes photos, le moyen d’augmenter ma notoriété et de trouver des clients.

Et tu as toujours travaillé dans le monde du cyclisme ?
Non, j’étais photographe dans le commercial pendant plus de vingt ans. Je shootais pour des clients dans le monde de la publicité, dans des studios et sur des tournages.

“Les photographes d’aujourd’hui vivent et meurent selon les lois d’Instagram.”

Pour quels magazines tu travailles actuellement ?
Je soumets mes images à des tas de magazines. Mais celui pour lequel je contribue le plus est Pro Cycling, un mag britannique.

Pendant les courses, j’ai appris que tu vivais dans un van et que c’est le WiFi du McDonalds qui te permettais de travailler…
En tant que photographe indépendant, j’essaie de minimiser les coûts. Chaque dépense évitée, c’est du profit à la fin de la journée. Vivre dans un van est une chouette manière de travailler, pas besoin de galérer à chercher un logement, je dors tout près de la ligne de départ, avec les aires d’autoroutes en Europe on peut squatter toute la nuit gratuitement, prendre une douche… Beaucoup de gens ne savent pas qu’on doit payer le WiFi sur le Tour de France, et c’est vraiment cher ! C’est pour ça que j’édite tout mon travail dans la salle de presse puis que je m’installe devant le McDonalds du coin pour envoyer mes images gratuitement. Parfois j’y passe des nuits entières sur ce parking !

Combien de couvertures as-tu shooté pour ProCycling ?
Neuf au total. Il y a eu Chris Froome, Roman Bardet, The Yates Twins, Geraint Thomas, Lizzie Armistead, Richie Porte, Tom Dumoulin, Mark Cavendish et Philippe Gilbert.

Chacune d’entre-elles sont des portraits. Comment fais-tu pour installer une relation de confiance avec les coureurs ?
La plupart du temps je n’ai pas vraiment l’opportunité de créer une sorte de “relation” avec eux. Ces shootings sont improvisés dans des chambres d’hôtel avec un timing serré et très peu d’espace. Je prend 15mn maximum, en essayant de discuter avec eux et en espérant faire ressortir leur personnalité. Mais dans un si petit endroit c’est difficile.

Quels sont les coureurs qui t’impressionnent ?
J’en ai deux, Chris Froome et Peter Sagan. Au-delà de ce qu’ils font sur un vélo, si on s’attarde sur leur manière de capter l’attention de leurs fans, d’être toujours courtois et abordables, alors on réalise que ce sont deux coureurs fantastiques.

Quels photographes t’inspirent ?
Il y a tant de photographes talentueux qui couvrent le sport en général, amateur comme professionnel. Je m’inspire de tous ceux-là, je regarde ce qu’ils font sur Instagram et je m’en veux quand ils shootent quelque chose que je n’ai pas réussi à avoir (rires).

Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour le futur ?
Mon but principal dans le sport est d’élargir mon panel de clients et de continuer à prendre le “risque du freelance”, travailler pour davantage de magazine, une équipe World Tour et plus de marques. On a besoin de ces trois champs pour réussir.


La sélection :

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