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Romain Le Roux, de ces fils du Finistère

Il nous vient d’une terre de marins, mais il a choisi le cyclisme comme métier. Romain Le Roux, le “p’tit zef ” nous vient de la ville de ce bout du monde faisant fièrement face à l’océan Atlantique que l’on nomme “Brest Meume”. Il porta même les couleurs du “feu” BIC 2000″ d’un autre fils du finistère qu’est Valentin Madouas. Cet apprenti charpentier qui rêvait de construire de massifs bateaux mettant le cap sur l’aventure à grands coups de tempête est devenu cycliste professionnel au sein du team “Armée de Terre”. Issu du célèbre centre de formation du VS Plabennec, qui a formé tant de champions en juniors comme Olivier Le Gac, Léo Danés et dernièrement Tony Périou, il gardera toujours une amarre sur cette ville et ce bout du monde qu’il aime tant.

 

Sur le “Port de”, ce port où il venait pêcher étant enfant et regarder les chantiers de bateaux

 

À 25 ans, le “Brestôa” entame sa cinquième année au sein des “Cams” et sa troisième sous le statut de professionnel. Il a grandi avec le team, il en a partagé ses joies, ses folies, ses coups de gueules, en bouffant ensemble de cette poussière quand l’orage menace. Ce puncheur capable de passer les cols nous vient pourtant de l’école de la piste, dont il glana quelques belles médailles comme celle en or obtenue sur les Championnats d’Europe en 2010 et de France avec son pote Olivier Le Gac. Mais voilà, il n’est pas Warren Barguil par qui certains médias ont déjà oublié les perfs à lui et d’autres bretons. Qu’importe pour ces champions moins médiatique, l’envie d’aller plus loin l’emportera. Le vent les portera…

Nous avons rencontré Romain Le Roux dans notre ambassade d’Irlande. Le pub “Mc Guiguan’s” à Brest “meume”. Là-bas, face à l’océan et cet horizon plein d’espoirs.

Romain Le Roux, quel bilan tires-tu de cette saison ?

Romain Le Roux: “Plutôt positif au final malgré un début difficile. La saison dernière en 2015, j’avais chuté lourdement dans un ravin sur le Tour d’Alsace. Le bilan fut sans appel avec tassement des vertèbres, fracture des homoplates et tout le reste. J’aurais pu y rester. J’en ai peu bavé en ce début de saison avec ça et une maladie. Mais aussi à cause de certaines personnes qui m’ont bien allumé tout en ne sachant rien de ce qui se passait vraiment mais bon… J’ai appris à encaisser et j’en garde une bonne leçon, les gens qui veulent faire le buzz causeront toujours (rires). J’ai enfin retrouvé les bonnes sensations sur le Tour du Luxembourg et j’ai fait par la suite de bonnes places sur la Ronde l’Oise (5ème) et la Polynormande (5ème). Le bilan est positif, et cela me donne une plus grande confiance en moi pour aborder la saison prochaine.”

 

L’Armée de Terre a réalisé une superbe année…

Romain Le Roux : “Oui, c’est clair. L’arrivée de certains comme Damien ou Julien combinée avec les conseils des plus anciens comme Stéphane ou Thomas nous ont tiré vers le haut. On a tous eu envie d’aller chercher la gagne et prouver que l’on n’était plus là pour apprendre maintenant. L’Equipe Armée de Terre a mûri cette année avec les coureurs, le staff et notre façon de faire. On a pris conscience de ce que l’on valait réellement et du coup moi aussi par la même occasion. On a passé un cap tous ensemble.”

 

 

Quels sont tes objectifs l’année prochaine?

Romain Le Roux : “Je vais enfin pouvoir me préparer idéalement cet hiver sans blessure (rires). Mes objectifs sont simples: Performer au plus haut niveau et tenter d’aller claquer en début de saison sur les classes 1. Je sais qu’en avril je souffre de différentes allergies et que je vais en baver. Donc, je veux gagner dès le début de saison et en classe 1, je suis vraiment motivé pour cet objectif.”

 

Quelques cyclo-cross cet hiver ?

Romain Le Roux : ” Non. Seulement deux qui me tiennent à coeur, car ils sont de ma terre natale. Le cyclo-cross de Lanarvily et celui de Gouesnou qui a lieu la veille. Une façon pour nous de nous retrouver dans ce week-end de fête en finistère surtout. L’hiver, je fais beaucoup de foncier et je m’entraîne beaucoup avec Laurent Pichon et Olivier Le Gac. Je fais aussi pas mal de natation à Plourin les Morlaix, où je dispose de la piscine quand je veux. Du coup, j’en fais beaucoup l’hiver.”

 

 

Ce Finistère, cette ville de Brest, là où tu as grandi, tu en es fier ?

Romain Le Roux : “Carrément ! Nous sommes fiers de nos racines et de notre mentalité un peu différente (rires). Regarde ce paysage face à la mer, ces plages et ces rochers qui jaillissent avec ses vagues qui s’y fracasse. Sérieusement,  cette terre est hors norme ! ici, quand tu roules sur les routes du bord de mer, tu ne croises pas beaucoup de voitures, tu as ces paysages de fous durant ton entraînement et une météo clémente. Il ne fait jamais froid par chez nous contrairement à certaines régions, il ne neige quasiment jamais et tu ne gèles pas sur le vélo durant l’hiver. Des conditions idéales pour s’entraîner et on le fait souvent avec Olivier et Laurent. On roule à la fraîche, on se ressource vraiment ! Le Finistère est une terre à part. Il suffit de regarder le Tro Bro Léon pour comprendre. Cet esprit fait partie de notre ADN. Il nous a forgé ce sale caractère parfois (rires)! Ici on a un côté un peu rebelle sur cette pointe du bout du monde. C’est toujours très difficile de gérer un Finistérien, ça passe ou ça casse, on est assez franc du collier par chez nous et assez râleur, mais c’est notre identité, notre ADN, et on en est fier.”

 

Avec Dan Mc Guiguan, de l’ambassade d’Irlande sur le “port de”, un symbole de Brest “meume”

 

*”Le port de” (nom donné à l’ancien port de commerce), on y croise pas mal de sportifs durant l’hiver.

Romain Le Roux : “Oui, c’est notre Facebook à nous, notre réseau social, mais celui ci n’est pas virtuel et d’ailleurs je n’en ai pas. Je marche à l’ancienne et au contact. On se retrouve sur le port. J’y venais pêcher quand j’étais tout gamin devant ces remparts Vauban, j’y venais aussi faire du vélo en longeant cette route jusqu’au Moulin Blanc. Et comme j’ai fait des études de charpentier ici, j’aime bien regarder les chantiers de bateaux, les voir sortir de ces hangars pour rejoindre la rade et s’en aller vers d’autres terres. Le “port de” c’est une ville dans la ville. Ici par exemple, on est chez Dan McGuiguan. Un Irlandais qui nous vient de Belfast. Brest, c’est aussi ce mélange de cultures, ce “melting pot”. Plusieurs voyageurs y ont posé définitivement leurs sacs. On parle beaucoup de vélo, car Dan aide financièrement ce sport même s’il vient de la boxe (rires). On parle de nos aventures et de bike. Par exemple, Stephen Roche passe par ce pub, cet ambassade d’Irlande, quand il vient chez nous. On y prend un café et on se raconte nos histoires, c’est notre âme et notre culture !”