Le bel avenir du Curling !

Le bel avenir du Curling !

C’est à peine l’aurore et je tombe du plume. Il est 8h du mat’ à peine et je prépare le vélo du gamin qui va partir rouler je ne sais où. Derrière une tasse de café vite avalée, nos regards se croisent.  » Fais gaffe aux connards ce matin, je veux revoir ta trogne intact à ton retour!  » ont envie de lui dire ces yeux de père ! Mais je ferme ma gueule car il sait très bien que je deviens ce « vieux » chiant quand il nous quitte l’espace d’un instant en ayant peur que ce moment ne devienne à jamais éternel. C’est maintenant notre lot quotidien à la maison quand le kid part s’entraîner sur les routes de mon pays. Depuis quelques années, ma passion, celle transmise à mon « kid », est devenue ma hantise, mon « mal au bide ».

Désormais la chanson du père Montand « Quand on partait sur les chemins à bicyclette, nous étions quelques bons copains. Y avait Fernand y avait Firmin y avait Francis et Sébastien et puis Paulette… » ne résonne plus de la même façon à notre époque. Hélas, Francis, Fernand, Firmin et Sébastien ne sont plus parmi nous et Paulette est en larme, inconsolable à jamais. Il ont été fauchés par des dingues  « Fast and furious ». Et oui Mr Montand, désormais c’est du chacun pour sa gueule (pour certains) ici bas sur nos routes de France et d’Europe. Tel le film  » Duel » de Steven Spielberg, ces abrutis (si peu soient ils)  sont prêts à flinguer désormais pour les avoir seulement dérangé ou au pire les avoir ralenti quelques secondes durant leurs seuls moments d’extase, leurs mains posées sur un manche devenu l’objet phallique…Mais maintenant, ce n’est plus une fiction sortie de la tête d’un scénariste, c’est hélas c’est notre réalité. La route leurs appartient, elle est à eux dans leurs cockpits à mille lieux de la réalité, derrière les commandes de ce qui devient leurs armes. Coupés du monde, ils sont seuls et personne d’autre ne peux leurs faire barrage. D’une à 38 tonne de ferraille contre quelques kilos d’os, de chair et un casque pour seule protection…

Chaque matin quand je lis  les news, il ne se passe pas un moment sans  trembler devant une énième terrible nouvelle. Un jeune, une femme, un gosse, un ami se sont fait percuter par une voiture. Un chauffeur pressé ou un camion de plusieurs tonnes ont eu raison de leurs vies, ils ne sont plus des nôtres. C’est tous les jours que cette « putain » de liste s’allonge dans l’indifférence de nos autorités. En quelques années, le cyclisme est devenu l’un des sports les plus dangereux à pratiquer à notre plus grand regret. Il est devenu la cible des ces quelques abrutis prêts à tout pour quelques centimètres de bitume. Pour quelques secondes de retard, ils sont prêts à nous envoyer rejoindre l’éternité. 

Quand le kid s’envole au guidon de son « trip », sourire aux lèvres, je me mets à observer tout de suite mon portable en espérant ne pas connaître l’enfer d’un téléphone qui crie pour réveiller sa mère au lever du jour. Le temps reste figé durant l’espace d’un matin, la peur au ventre. Je ne me souviens pas de mon père devenir paranoïaque quand, tout jeune, je partais moi aussi de bon matin à bicyclette. Que s’est il passé durant ces dernières années? Qu’est devenue cette société?

 

 

Dans notre génération 2.0, celle de la communication et des échanges, on ne se partage, on ne se parle plus et notamment sur la route. On se « like » ou « dislike », on se  » tweete »,  mais on ne se voit plus. Dans l’univers confiné de la voiture insonorisée, cette bulle coupée du monde, c’est du chacun pour sa gueule comme derrière les écrans.  Le temps, si précieux à ces quelques abrutis, est assassin et emporte avec lui le rire de tout les nôtres.  Maintenant, pour se protéger de ce drôle de monde, on s’enferme de plus en plus. On  on se défonce en « indoor », on s’acharne lors d’une séance RPM sur un vélo devant, encore et encore,  un écran. Car la route n’est plus à tous, elle n’appartient désormais qu’à ces quelques connards qui donnent envie aux famille d’aller inscrire leurs mômes au hand-ball, au basket, et pourquoi pas au curling? Le curling a peut être un bel avenir en fin de compte. Quand au cyclisme, bientôt au rythme où vont les choses et si nos autorités ne se penchent pas au plus vite pas sur notre sort, il n’existera plus … Mais y aura toujours le curling…. 

 

L’ostéopathe du team Astana avec sa fille, elle aussi adepte de la petite reine (photo Olivia Nieto)

 

L’ostéopathe du Team ASTANA,  Barnabé Moulin voit le nombre d’accidentés de la route croître dans son cabinet. 

Barnabé Moulin;  » Oui c’est vrai. J’en vois, hélas, trop de cyclistes qui se sont fait percutés par une voiture. Ca devient de plus en plus fréquent. J’aime ce sport, ma fille le pratique aussi et je l’accompagne à chaque fois. Je ne sais pas trop à quoi est dû cette escalade. Notre civilisation a changé, plus agressive et moins partageuse. Comme le dit le proverbe:  » la cime de l’arbre ne pourra jamais atteindre le ciel ». Je pense que l’on est arrivé au bout de l’incivilisation et qu’il serait peut être temps que tout le monde revienne à l’essentiel, à nos racines justement de vie en société. Celle de vivre ensemble et de respecter les règles. Ce n’est pas propre au cyclisme, tu remarques cet état d’esprit partout et dans tous les domaines. Je suis plongeur et même avec le drapeau Alpha pour nous protéger et avertir les bateaux de passer à 100 mètres, ça ne sert plus à rien. Le respect des uns et des autres n’existe plus. Il nous impératif de revenir au plus vite à nos valeurs humaines, celle qui nous permettent de vivre en société et tous ensemble. »

 

 

Padraic Quinn au micro, commentateur pour l’Irlande sur le Tour de France entre autre

 

Le commentateur du Tour de France pour la télévision nationale Irlandaise Padraic Quinn, qui vit dans le sud de la France. 

Padraic Quinn;  » Je vis en France, à Hyères exactement. Ici, je peux rouler tranquille mais dans le sud ce n’est pas partout pareil. Par contre, j’ai visité 2 bourgs qui ne sont dédiés qu’au cyclisme. Une sorte d’Eden pour le vélo tourisme et je compte par ailleurs en faire un reportage durant le direct du tour de France justement. Il s’agit de Malaucene et de Bedoin. Ces  deux villages vivent pour le vélo, pour ceux qui veulent grimper le Mont ventoux entre autre. C’est extraordinaire, il faut profiter de cette  belle image durant le  Tour de France.  Mais il est vrai que si tu descends plus bas, c’est vraiment dangereux. Tu vois, je pense aussi faire un classement des villages et villes adaptées pour le vélo-tourisme pour donner une idée aux  anglophones qui viennent en France pour les vacances en classant les meilleurs endroits aux plus dangereux. Une autre chose aussi pourrait sensibiliser nos élus, c’est la prise de parole par des champions comme Froome. Il est le plus connu au monde et son accident  a eu un impact énorme sur les réseaux sociaux . Les élus détestent quand une tête d’affiche parle de la dangerosité de nos routes.  Ils profitent bien de l’image de ces champions quand ils font la photo promo sur le Tour de France. Alors pourquoi les champions ne joueraient pas t-ils de leurs notoriétés pour sensibiliser les élus à leurs tours?.  Chez nous en Irlande, c’est pire qu’en France notamment vers Dublin et l’Angleterre bat le plus triste des records. Il nous faut sensibiliser les élus au plus vite à l’échelle européenne.  »

 

Sean Yates le champion Anglais, DS de grandes équipes, dont les fils sont aussi cyclistes comme Jesse en Bretagne. (itw accordée à Be Celt la saison dernière) 

Sean Yates;  » Sérieux, c’est de la roulette russe sur les routes anglaises. Je me rappelle à mon époque, on se levait tôt le matin pour monopoliser une route pour la course mais ça se faisait, ça ne créait pas de problème. Maintenant, c’est impensable, il y a dix milles bagnoles qui passent tous les jours sur la même route et hors de question de la bloquer pour une course.

Tu vois, ensuite il y a un autre problème, on a énormément de gens de 30-40 ans qui vont s’entraîner sur les routes mais rarement des jeunes ici en UK. Les parents ont peur pour leurs enfants, car tu croises souvent des connards qui vont te rentrer dedans durant l’entraînement. Ce genre de mecs qui doivent avoir les boules car tu fais du sport alors que lui se tape les bouchons pour aller travailler en pensant à son crédit maison à payer, il pense que tu es en vacances et que tu profites, alors que lui il pense être le seul à en chier et il va te rentrer dedans par colère. Ça devient fou de rouler en Angleterre. Alors que chez vous, en Bretagne, c’est plus simple. Quand je vais là bas, je roule des kilomètres sans croiser une voiture. »

 

Matthew Teggart, Nicolas Fritsch, Clément Gourdin et Mark Downey lors des derniers championnats d’Europe

Nicolas Fritsch, ex professionnel, s’occupe de jeunes coureurs dorénavant. 

Nicolas Fritsch;  » C’est vrai que cela devient de plus en plus effrayant ces dernières années. Le conducteur n’a plus conscience du monde qu’il l’entoure lorsqu’il rentre dans sa voiture. Elle est insonorisée, bourrée d’électronique, de gadgets et elle devient son havre de paix après une journée de travail. Il ne fait plus attention à rien et se sent même agressé par les cyclistes dans son espace qu’il considère comme vital.  Il suffit qu’il arrive derrière un coureur qui va le retarder pour qu’il sorte de ses gonds. Il va alors le dépasser sur une ligne blanche et se rabattre presque aussi vite et mettre la vie de ce dernier en danger. Il y a de plus en plus de voitures dans les villes et les rues sont de plus en plus étroites et plus de rétrécissements maintenant comme ces îlots qui ne protègent hélas que la voiture. Les vélos doivent empiéter les artères et ça fait chier les automobilistes qui deviennent encore plus agressifs. A Paris,  personne ne respecte les voies réservées aux cyclistes, ils roulent dessus pour ne pas perdre de temps sans penser aux usagers cyclistes. En ville, c ‘est surtout la protection des voitures qui est concernée alors que le nombre d’usagers du vélo est sans cesse croissant.  C’est sûr qu’il nous faut sensibiliser nos jeunes à la pratique du vélo, à devenir des usagers. Leur apprendre le code de la route par exemple et ensuite les sensibiliser sur la conduite en milieu urbain. Le vélo est un moyen de transport qui permet de lutter contre l’obésité, contre la pollution et contre la sédentarité. Il y a de plus en plus d’adeptes à l’utiliser en ville, pour l’instant… Il faut juste que nos autorités en prennent conscience au plus vite sinon bientôt ce mode de vie sera appelé à disparaître. »

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