Pascal Chanteur: pour ces sombres héros de l’amer !

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Pascal Chanteur, 48 ans au compteur dont une bonne dizaine d’années passées dans les rangs professionnels. Souvenez vous de l’intrépide « Frenchie » sous les couleurs de « Casino »,  s’en allant rafler la victoire sur la 5ème étape de Paris Nice 97 devant le Seigneur de l’époque Laurent Jalabert. 7 ans dans l’armée d’un autre irréductible nommé Vincent Lavenu, de Casino à AG2R, il a serré les dents le gamin de  Saint Denis et remporté  de belles batailles comme lors de cette belle année 99 avec le Trofeo Laigueglia, le GP de Rennes ou le Tour de la Communauté de Valencienne en 98. Et ce rêve de gosse, celui de participer au mythique Tour de France, il l’a réalisé par 7 fois sans jamais mettre pied à terre, il y en a peu qui peuvent se targuer d’avoir eu ces 7 vies sur le Tour…

 

Les années Casino puis AG2R

 

En 2002, il met un terme à sa carrière de coureur et met le cap vers un autre défi en ouvrant son entreprise ConceptBike à Bergerac au bord de la Dordogne. Le cyclisme, il l’a dans la peau et il en devient même le président du syndicat des coureurs professionnels  (UNCP) en 2008, puis vice Président du CPA (syndicat international Cyclistes Professionnels Associés) présidé par Gianni Bugno. Mais que diantre s’engager dans des causes si dures alors qu’il pourrait passer sa vie tranquille, à la « fraîche » au bord de sa Dordogne, le cul posé sur un transat à regarder le Tour passer? 

C’es sûrement la passion de l’être humain avant tout, de la petite Reine, de la vie et de ses histoires en général. Celles qui font parfois mal à la « gueule » mais tant de bien au coeur qui l’ont fait devenir ce qu’il est maintenant, ce porte parole des héros du bitume et des pavés.  Car justement, parler au nom des siens dans un monde où les réseaux sociaux  rejettent leurs lots de morceaux d’épaves et souvent d’ordures  chaque jour tel le ressac au large d’Ouessant. Pour ce rail si dangereux, il faut être un drôle d’enragé de la vie pour se tenir debout sur ce rafiot face à ces vagues scélérates qui cherchent à vous emporter au fin fond des abîmes ou vous fracasser sur les rochers des médias, « lost in the sea »! Tel un capitaine sur le pont de son bateau vacillant nommé UNCP, peut être sur la « song » de Noir Désir  « Aux sombres héros de l’amer », il navigue dans ces mers déchaînées de haine, en espérant un jour que l’horizon lui offre à lui et aux siens la joie de retrouver leur havre de paix, le vent l’emportera !

 

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Pascal Chanteur, pourquoi avoir accepté de devenir président de l’UNCP? Ce n’est pas vraiment une sinécure en ce moment?

Pascal Chanteur;  » Non, c’est clair. Mais un coureur ne peut pas parler en toute sérénité avec toute la pression qui l’entoure. Je le sais car j’ai été coureur durant de nombreuses années. Mais maintenant je suis mon propre salarié avec ma société  Conceptbike. Je n’appartiens donc à aucune équipe, aucun sponsor, aucun média, aucun dirigeant de quelque fédération que ce soit, je suis mon propre salarié. Gianni Bugno est aujourd’hui le Président du syndicat des coureurs pros au niveau international, le syndicat est la pour défendre nos valeurs du cyclisme et nos gars, je suis à ces côtés contre vents et marées. Notre sport doit être un sport ouvert et transparent mais il nous faut garder l’essence même de ce sport, garder cet esprit et faire face souvent à des problèmes. Et pour protéger ces valeurs, il faut que tout le monde s’implique et donc nous aussi pour parler au nom des coureurs et les défendre au mieux.   »

 

On vous sent un homme en colère ?

Pascal Chanteur: « Peut-être pas en colère mais je suis surtout révolté. Le cyclisme vit actuellement un moment déplorable, et cela ne vient pas des coureurs ni des équipes mais plutôt de ce monde qui les entoure parfois. Il faut que les gens réalisent que l’on est en train de faire vivre des hommes sans foi ni loi à l’heure actuelle et je parle de ces personnes qui font des affaires du cyclisme leurs propres fonds de commerce. On vit des moments difficiles et ces mêmes gars qui disent lutter contre le dopage ne font cela que pour leurs glorioles personnelles ou leurs taux d’audimat, entraînant dans leurs sillages des hommes qui mettent au pilori, je suis écoeuré par ce genre d’individu car ils font ça au détriment de ceux qui luttent vraiment. »

 

C’est à dire?

P.C:  » Certains veulent se faire connaître coûte que coûte, quitte à raconter des conneries énormes et dangereuses pour les coureurs, voire même pour leurs vies. Je parle de ceux qui font cette soi disant lutte par réseaux sociaux interposés, de ceux qui créent eux même leurs blogs pour pouvoir balancer ces immondices. C’est tellement facile de raconter des saloperies via ces réseaux. Mais les vrais  personnes qui luttent, on ne les entend pas beaucoup car ils travaillent loin des caméras, des « buzz ». Il nous faut passer par eux, par les instances officielles qui font un véritable travail, loin des lumières des plateaux télé et des ces fameux réseaux sociaux. Quand on passe son temps à salir les gars, les dénigrer, ça fait mal de voir ça. Mon leitmotiv est la défense des coureurs et je le fais avec mes tripes car contrairement à ces requins, je fais ça par amour de mon sport, je ne suis pas payé ni sponsorisé, je n’écris pas non plus de livre de leurs histoires, je tente de les défendre simplement.

Il y a des tricheurs, c’est sûr, ça fait partie de l’être humain, hélas. Mais c’est à nous de les détecter, de les contrer et de les virer. De tout façon, un jour ou l’autre, cela se saura et aucun tricheur ne passe au travers des mailles du filet, tout se sait un jour ou l’autre. Nos plus grands champions sont bien tombés! Ce sont les règles mais tous les coureurs ne le sont pas fort heureusement. Et ces individus sans scrupules qui fond du business de ce genre d’histoires à travers les réseaux sociaux donnent au public ce sentiment que l’on est tous pourris. Et pourtant, nous les cyclistes le dénonçons, il faut que la justice fasse son travail avec l’aide des instances de ce sport.

Regardez l’affaire Fuentes. Nous sommes le seul sport au monde à avoir brisé la loi du silence, nous livrons à la justice ce genre d’individu, mais c’est la justice elle même sur ce coup là qui le blanchit. Avec nous, il ne s’en serait jamais sorti mais la justice de son pays ne l’a pas condamné et cela retombe encore une fois sur l’image de notre sport et les vautours s’en régalent déjà. »

 

Vous parlez de ces individus qui ont comme fond de commerce ce genre d’histoires? Pouvez vous nous en dire plus?

P.C:  » Il y a dans ce monde des personnes qui aiment se glorifier en balançant des analyses farfelues. Le docteur De Mondenard par exemple,  je ne remet pas en cause ses compétences qui sont des plus émérites, mais il vit dans son époque « 40 ans en arrière » je pense. Il raconte que la lutte anti-dopage n’a aucune valeur!  Mais c’est faux, nous nous battons tous pour la faire évoluer. Il doit lire des articles venus de toutes parts puis livrer des analyses erronées qui étaient peut être valable il y a fort longtemps mais nous sommes en 2016, il ne vit plus dans notre monde, il est ailleurs et cette génération de coureurs aujourd’hui a évolué et vit à notre époque. Et nous avons Mr Antoine Vayer qui nous fait beaucoup de mal. Ce monsieur vit de mensonges et abreuve les réseaux sociaux et autres de toutes ces analyses farfelues.  Pascal Hervé qui était coureur chez Festina a même déjà dénoncé plusieurs fois son incompétence notoire. Le souci, c’est qu’il raconte des inepties complètement farfelues, qu’il insulte même des coureurs accidentés. Le première fois que j’ai croisé cet individu dans le monde du cyclisme, pas en tant qu’entraîneur, je m’en souviens et beaucoup d’autres avec moi lors de l’arrivée du Tour de France 97. Nous étions de nombreuses équipes et coureurs dans une boîte de nuit des Champs Elysées, il n’était pas dans un état vraiment « clean » à ce moment là quand les videurs sont venus nous demander de l’aide. Et maintenant, on le voit en train de parader sur les plateaux de télévisions, faire des articles dans des journaux, écrire un livre et vomir sur notre sport à longueur de journée. C’est le genre de personne qui vit du malheur des autres, tel un vautour au bord d’un corps agonisant. »

 

Le Tour de France, Pascal Chanteur 7 participations à son actif; Ici aux côtés de Dominique Rousseau et Gilbert Duclos-Lassalle

 

Comment expliquez vous, alors, que ces personnes soient lues ?

P.C:  » On vit dans une génération « Big Brother », de télé-réalité. Le « trash » se vend bien hélas, il leur faut garder de l’audimat coûte que coûte. Regardez autour de vous, dans le monde du football, de la politique par exemple ou dans le show-business, c’est la génération 2.0 dorénavant. Il faut du sensationnel pour faire parler d’eux même si c’est des conneries monumentales, il leur faut faire le « buzz » coûte que coûte, les gens raffolent de ça.  L’éthique en a pris une sacré claque, non ?  Mais déjà à mon époque, je me rappelle de Christophe Bassons qui se targuait d’être le monsieur « propre » du peloton, d’être une sorte de « porte parole » de l’éthique. Mais il oubliait de dire que d’autres coureurs l’étaient aussi. Il avait une bonne raison de se taire car il se vendait aux journaux les plus offrants à l’époque, c’était déjà du « business ». Ca continue toujours avec Mr Vayer, Mr De Mondenard et d’autres qui veulent faire parler d’eux, c’est véritablement triste pour le cyclisme et pour les coureurs qui sont les véritables « dindons de la farce »! Le sport doit rester un sanctuaire de l’éthique! Nous devons travailler tous ensemble pour et nous devons faire rempart à ce genre de personnage. »

 

C’est à dire ?

P.C:  » Je me rappelle de Rodolfo Massi, un mec bien qui a eu sa carrière à terre. En 1998, il est arrêté avec les menottes aux poignets, en garde à vue 36 h comme un voyou. Cela prenait des proportions de dingue là!  Finalement, il y a eu un non lieu mais sa carrière a été bloquée nette en ayant été livré en pâture aux médias et au public. Vous rendez-vous compte ce que cela fait dans la tête d’un homme ce genre de mésaventure?  J’en ai plein d’autres de ces histoires de mecs détruits par la rumeur. Le Français Remy Di Gregorio, arrêté aussi comme un voyou sur le tour de France. La police vient le chercher pour l’entendre car on aurait trouvé un baxter de glucose, je dis bien du glucose, comme ceux que l’on trouve en pharmacie en vente libre. Boum ! Du coup, le team Cofidis, sous la pression médiatique, le vire. Bilan, il ressort clean de cette affaire mais plus d’équipe. Cofidis s’est retrouvé au prud’homme pour licenciement abusif, le team a été condamné  en premier mais ils ont fait appel, l’affaire est toujours en cours. Des histoires des gars cabossés hélas, j’en ai plein d’autres.  »

 

Justement, avec toutes ces histoires, ne pensez-vous pas que le cyclisme n’attire plus les jeunes un jour ? 

P.C :  » Oui, bien sûr. Si l’on continue comme ça, on tue notre sport. Je connais même de jeunes coureurs pros actuellement qui veulent arrêter tant ils en ont marre et j’en connais aussi qui ont mis un terme.  Comment voulez-vous garder des jeunes quand vous voyez ce que subit le cyclisme ? Comme je vous l’ai dit on vit dans une société « télé-réalité », du consommable immédiat où personne ne veut plus de contrainte. Le vélo, c’est une hygiène de vie très difficile avec des régimes, une lutte anti dopage sans merci, les contraintes du passeport biologique (ADAMS), géolocalisation chaque jour de 6h à 23 h, 200 jours par an hors de son domicile, loin des siens. Le cyclisme est souvent une implication familiale, derrière chaque coureur on trouve une famille qui l’entoure et qui se sacrifie souvent pour lui.  Ces jeunes qui nous rejoignent ont relevé tout ça, c’est la passion qui les fait tenir. Si cette flamme s’éteint, c’est la mort du vélo. Il faut être costaud mentalement pour accepter d’en prendre plein la gueule par les médias et de vivre de sa passion. Hélas, ils sont de moins en moins nombreux. Le cyclisme, c’est aussi des bénévoles. Regardez les courses, ils sont souvent grisonnants ces gens que l’on trouve sur le bord de route, à garder un carrefour, une buvette, un podium même sur le tour de France on les retrouve, ce sont de véritables passionnés.  Que va t-il se passer quand cette génération va se retirer?  »

 

Avec Laurent Jalabert, Luc Leblanc, Pascal Chanteur et Jacky Durand (photo Willy Wauthié)

 

Des vrais lanceurs d’alertes, y en a-t-il dans le cyclisme ?

P.C: « Oui, il y en a, fort heureusement. Il y a des farfelus et ceux qui luttent vraiment. Je pense à Jacky Durand, Cédric Vasseur ou Cyrille Guimard et aussi certains journalistes , je ne fais pas d’amalgame comme certains. Comme par exemple les moteurs sur les vélos, ils en avaient parlé et le temps a prouvé leurs doutes mais jamais ils n’ont jamais assassiné un homme avec des rumeurs. Ces personnes sont de véritables lanceurs d’alerte et ils font de l’information, du vrai travail d’investigation. Je les respecte et je les soutiens dans leurs actions. »

 

Nous sommes au courant d’une émission de télévision diffusée prochainement qui va parler de Mr Bernard Sainz, le connaissez-vous ? 

P.C:  » Oui, c’est un très bon ami. Bernard a toujours eu une part nébuleuse et sulfureuse autour de lui. Ce que Bernard a fait avec certains ne sont pas mes affaires. Ce que je sais juste c’est ce qu’il fait pour moi et ma famille. En amitié je ne renie jamais les miens, et cela vaut pour Bernard. Il m’a soigné quand j’étais atteint d’un zona en 1992 alors que d’autres ne pouvaient rien faire. Quand mon fils avait 5 mois, il était atteint d’un eczéma purulent, tous les pédiatres me parlaient d’un traitement sous cortisone, je ne voulais pas en entendre parler. Bernard a réussi a aider mon fils et l’eczéma a disparu. Beaucoup de mes proches ont eu affaire à ses services et jamais ils n’ont eu à s’en plaindre, au contraire. J’assimile Bernard à l’un des meilleurs rebouteux que je connaisse et tant pis à ceux qui pensent le contraire, il est tellement plus simple de jeter en pâture ce que l’on ne connaît pas. »

 

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